L'Aubrac: De Béziers à Neussargues (partie 2)

Parallèle à la ligne parcourue par le Cévenol, l'autre itinéraire permettant de relier le sud de la France à Clermont-Ferrand et Paris par le Massif Central n'est autre que la ligne des Causses. C'est à bord d'une BB 9600, tractant le non moins célèbre Aubrac que nous vous invitons à parcourir les 277 kilomètres de la partie reliant Béziers à Neussagues. Cette ligne au profil accidenté mais dotée de la caténaire midi datant du début du XXème siècle a donc connu les différentes locomotives Midi telles que les BB 4100, 4200, 4600 et 4700 avant que les BB 8100 et 9400 les chassent progressivement de leur terre natale vers d'autres régions. Durant ce voyage réalisé en deux parties, vous découvrirez la beauté des paysages montagneux à l'arrivée du printemps, des villages connus pour leurs produits du terroir tel que Roquefort, des sites touristiques incontournables avec l'ancien viaduc d'Alzou où se pratique le saut à l'élastique ou encore le Bousquet d'Orb, ancienne cité industrielle qui vivait jadis de la bauxite et du charbon. Vous roulerez donc sur cette ligne jalonnée par de multiples ouvrages d'art avec comme point culminant à votre voyage, la traversée du viaduc de Garabit, érigé par Gustave Eiffel.

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       Vue du BV de Séverac le Château PK 579.5.           Sous-station et bifurcation de la ligne de Rodez.

Il est presque midi alors que nous recevons l'autorisation de départ afin de poursuivre notre parcours jusqu'à Neussagues. Sur notre gauche, nous pouvons observer le bâtiment caractéristique datant du début du siècle qui abrite les transformateurs de la sous-station de Sévérac. Alors que nous reprenons notre mise en vitesse, nous passons la bifurcation de la ligne Rodez qui s'éloigne pour rejoindre le cours de l'Aveyron. Le profil de la ligne devient à nouveau sévère alors que nous entâmons la montée d'une nouvelle rampe jusqu'au Col de Lagarde culminant à 810 mètres d'altitude. Nous arrivons au Causse de Séverac, qui n'est autre qu'un plateau calcaire que nous franchissons en partie grâce aux 722 mètres du tunnel de Bez. Nous maintenons toujours notre vitesse de 80 kilomètres à l'heure alors que nous atteignons le tunnel et le viaduc de Tarnesque aux abords du PK 591. Enfin, après la traversée du tunnel de Segui, long de 296 mètres, nous marquons l'arrêt en gare de Campagnac St Géniez au PK 593.1. Ce petit village aveyronnais recèle de curiosités, les touristes ne manquant pas d'aller visiter l'église érigée en hommage au martyr Sainte Foy.


     Pont supérieur au col de Lagarde au PK 584.5.         Arrêt en gare de Campagnac St Géniez PK 593.1.

Peu après la gare, nous arrivons au tunnel de Campagnac dont la longueur atteint les 1198 mètres. Alors que nous franchissons un nouveau viaduc au PK 596, l'état de la voie devient progressivement moins bon. Nous pouvons en effet constater la présence de rails double-champignon et de traverses en bois. Nous passons sans marquer l'arrêt la gare de St Laurent d'Olt au PK 597.7, dont le village surplomble le paisible Lot. Nous franchissons justement le cours du Lot au PK 600 juste avant de nous arrêter en gare de Bannassac la Canourgue au PK 605.5. C'est à proximité de ce village de la Lozère, à la confluence de l'Urugne et du Lot que des chercheurs ont découvert un site gallo-romain. Les diverses poteries retrouvées et âgées de près de 2000 ans sont depuis exposées à la mairie du village. Un kilomètres à peine après la gare, un barrage a été construit sur la rivière. Edifié par un élu, il a permis la création d'une base de loisirs le long du cours d'eau afin d'accueillir bon nombre d'estivants désireux de camper et de profiter de la fraîcheur du Lot.


  Barrage de Bannassac peu après la gare PK 606.5.         Viaduc et tunnel des Ajustons vers le PK 613.

La ligne, maintenant au coeur de la vallée du Lot, rase le hameau de Montferrand et son château médiéval, dont il ne subsiste plus aujourd'hui que des ruines. Nous atteignons au PK 609 une zone où se trouve bon nombre d'ouvrages d'art avec le viaduc et le tunnel de Salmont, puis ceux d'Auxillac et de Celetz. Après les tunnel de Pontillac et ses 248 mètres, nous franchissons le Lot grâce au viaduc des Ajustons avant de pénétrer à nouveau dans un tunnel vers le PK 613. Après l'établissement du Monastier, télécommandé par Marvejols, nous passons la jonction de la ligne provenant de Mende au PK 615.6. Au PK 617.4, nous traversons le viaduc et le village de Chirac, où se rejoignent le Rioulong et la Viouriègres, affluents du Lot. Sur notre droite se trouve un centre équestre alors que nous nous apprêtons à marquer l'arrêt en gare de Marvejols au point kilométrique 620.2. Après avoir rencontré l'avertissement, nous passons un long viaduc qui nous permet de franchir le Piou avant de rencontrer le TIV de rappel à 40 kilomètres à l'heure.


    Jonction de la ligne de Mende avant le Monastier.     Viaduc enjambant le cours du Piou avant Marvejols.

À quai stationne déjà un X 73500 en correspondance et qui doit assurer le train n°78983 à destination de Mende et La Bastide. Le signal de sortie étant fermé, nous attendons patiemment en cabine de conduite alors que se profile au loin le train n°78957 en provenance de St Chély d'Apcher et à destination de Béziers. La BB 9600 sortant d'une longue pente n'a pas dû avoir trop de mal à tracter ses deux voitures Corail de seconde classe B6Dd2. Les trois voies à quai de la gare de Marvejols sont maintenant occupées par trois trains, l'Aubrac et ses trois véhicules, le train pour Béziers ainsi que l'X 73500 prêt au départ pour La Bastide à 12h49. Marvejols est une cité médiévale aux ruelles étroites datant du moyen âge. Tout visiteur se doit d'aller visiter les monuments de cette ville comme les portes fortifiées datant du XVIIème siècle ou l'église Notre-Dame de la Carce. Le signal de sortie étant ouvert, le chef de service de la gare nous donne départ en agitant le guidon à main de départ. Le conducteur passe un à un les crans de la BB 9600 qui décolle sans mal avant d'attaquer une nouvelle rampe.


 BB 9600 et deux voitures en provenance de St Chély.   À Marvejols PK 620.2, un X 73500 pour la Bastide.

Les poteaux de caténaire en ogive jalonnent toujours notre parcours alors que nous passons de nouveaux viaducs en maçonnerie dès le PK 622.5. Au niveau du tunnel de Sainte Lucie dont la longueur atteint les 1103 mètres point kilométrique 627, nous sommes au coeur du parc des Loups du Gévaudan. Cette véritable réserve naturelle de cinq hectares a permis la réintroduction de loups sauvages. Ces loups avaient été exterminés par l'homme par méconnaissance jusqu'à l'extinction complète de l'espèce au début du XXème siècle. Après les tunnels de la Grifouilière et d'Estoura atteignant respectivement 104 et 212 mètres, nous passons le long viaduc qui enjambe le cours de la Crueize venant tout droit de la vallée de l'Enfer près du col des Issartets. Après le tunnel de Born long de 512 mètres vers le PK 634, nous passons sans arrêt St Sauveur de Peyre et le Roc de Peyre dont la cîme culmine à 1179 mètres de haut. Après les 239 mètres du tunnel d'Aumont, nous pouvons nous arrêter en gare d'Aumont-Aubrac au PK 641.8 dont le village située entre Aubrac et Margeride, se trouve plein Pays de Peyre.


     Longue série de viaducs à partir du PK 622.5...          ...À proximité du Parc des Loups du Gévaudan.

Nous repartons, alors que notre vitesse, réduite à 75 kilomètres à l'heure nous permet d'admirer le paysage montagneux entourant notre ligne. Nous traversons deux viaducs, le premier situé au PK 646 nous invite à  franchir la route départementale 987, alors que le second, situé à peine un kilomètre plus loin, a été construit plus récemment lors de l'arrivée de l'autoroute A 75. À cette occasion, un RVB complet a concerné une partie de la voie ce qui offre un confort de roulement bien meilleur aux quelques trains circulant à cet endroit. Alors qu'il est un peu plus de 13 heures, nous arrivons en gare de St Chély d'Apcher au point kilométrique 652.9. Sur les voies de service nombreuses se trouve quelques wagons destinés au transport des matériaux issus de l'usine métallurgique du village. Cette ancien village commerçant reconverti dans l'industrie métallurgique conserve ainsi bon nombre d'emplois grâce à cette usine. Un musée de la métallurgie a d'ailleurs été ouvert il y a une dizaine d'années par d'anciens employés afin de faire partager aux visiteurs leur savoir faire et leur patrimoine industriel.


       Traversée du viaduc de la Crueize PK 629.7.        Après Aumont-Aubrac, le viaduc de Rimeize PK 646.

Nous pouvons maintenant repartir vers Neussargues, le temps reste toujours lumineux malgré la présence de nuages d'altitude. Peu avant Arcomie et sa sous-station situés au PK 660.6, nous arrivons au tunnel d'Herbouzes. Au point kilométrique 666.2, nous arrivons à la limite de la région Languedoc-Roussillon et de l'Auvergne. Sur notre droite domine au loin le Mont ainsi que la forêt de la Margeride, notre ligne parcourant toujours la vallée de la Truyère. À côté du rocher de la Roche, au PK 668.1, c'est la gare de Loubaresse, située en plein Cantal que nous franchissons sans arrêt. L'autoroute A 75 passe au dessus de notre voie avant de franchir la vallée grâce au viaduc de la Truyère. Nous approchons maintenant de l'établissement de pleine ligne de Garabit situé au PK 675.2. seulement quelques centaines de mètres après les quais se trouve le célèbre viaduc de Garabit. Symbole de l'architecture métallique du XIXème siècle tout comme la Tour Eiffel, cet ouvrage a été pensé par l'ingénieur Gustave Eiffel et construit par l'architecte Léon Boyer dès 1882.


    Viaduc franchissant l'autoroute A 75 au PK 647.    St Chély d'Apcher et son usine métallurgique PK 652.9.

Il aura fallu près de cinq années de travail aux ouvriers pour mener à bien ce projet conséquent permettant de relier par train le sud de la France au Massif Central. Pour sa construction, il aura fallu plus de 3000 tonnes de fer et 40 tonnes d'acier, des milliers de riverts pour une longueur de 565 mètres et une hauteur maximale de 122 mètres au dessus de la vallée de la Truyère. L'ouvrage commençant à souffrir de la corrosion, il a été décidé de procéder à sa remise en peinture avec l'utilisation d'un rouge dit "Gauguin", qui était la couleur originelle du viaduc. Nous arrivons donc sur un TIV à distance sur pointe à 40 km/h que l'agent de conduite doit répéter. Nous abaissons progressivement notre vitesse de 75 km/h à 40 km/h jusqu'à l'approche de la pancarte Z délimitant le début de la zone à franchir à une vitesse réduite. Les essieux de notre train commencent à faire vibrer le tablier du grand viaduc alors qu'apparaît doucement sous nos pieds le vide et la vallée de la Truyère, le paysage est saisissant.


 Entrée dans le tunnel d'Herbouze long de 343 mètres.     Le quai de l'établissement de Garabit PK 675.2. 

En bas sur notre gauche se trouve le pont de Garabit permettant à la route nationale 9 de relier les deux rives. Plus loin, nous pouvons apercevoir les débuts des Gorges de l'Ander. La forêt de la Margeride dont le plus haut sommet culmine à 1381 mètres nous offre un spectacle fort agréable. Nous atteignons rapidement l'autre rive et, nos trois voitures ayant dégagé la pancarte de reprise, nous pouvons reprendre notre vitesse limite. Parmi les curiosités à découvrir dans le secteur, il y a bien évidemment le viaduc de Garabit, mais également le château médiéval d'Alleuze et le barrage de Grandval. Nous roulons à une allure correcte, alors que nous approchons de notre terminus. Après le viaduc de Varillette, nous approchons de la gare et du village de Ruynes en Margeride, situés sur les pentes du massif granitique de la Margeride au PK 678.9. Peu avant les quais de la gare se trouve sur notre gauche un ancien château d'eau du Midi érigé le long de la ligne.


   Nous franchissons le viaduc de Garabit à 40 km/h.     Vue du vide et de la Truyère à 122 mètres de haut.

Le petit village de Chaudes Aigues que nous atteignons au PK 689.6 recelle de bien des curiosités. C'est dans ce village que se trouve la source d'eau chaud du Par. L'eau provenant de cette source naturelle et dont la température atteint les 80°C participe à l'avancée du plus grand réseau de distribution de chaleur par géothermie. Ecologique et économique, l'utilisation de cette ressource naturelle à la place du gaz ou de l'électricité permet de grandes économies d'énergie dont bénéficient la plupart des habitants du village. Après un nouveau viaduc enjambant l'Ander, nous passons la gare d'Andelat au PK 693.7 puis le château d'Andelat situé près de la cascade du Sailhant au point kilométrique 697.5. Enfin à partir du village de Talizat au PK 702.9, nous entâmons une longue descente qui nous mènera tout droit jusqu'à Neussargues. Nous franchissons maintenant le plus long tunnel de la ligne, celui du col du Mallet dont la longueur atteint presque les 1500 mètres.


     Le tablier du viaduc atteint 565 mètres de long.           Vue du train dominant la vallée de la Truyère.

En contrebas sur notre droite, nous voyons la ligne provenant d'Arvant, celle que l'Aubrac empruntera dans quelques minutes après changement de locomotive. Nous freinons rapidement alors que les bogies de la BB 9600 viennent claquer sur les nombreux appareils de voie de l'établissement de Neussargues. Une UM de BB 67400 garée sur une voie de service se prépare à accoster notre train après son immobilisation en gare. L'Aubrac marque donc l'arrêt à 14h et le chef de service vient rapidement saluer le conducteur qui part récupérer la clé de chauffage de la locomotive. Après avoir levé le deuxième pantographe, passé l'inverseur sur arrière et appuyé sur la pédale de défreinage, le mécanicien passe quelques crans de traction afin d'appuyer la machine contre la rame et ainsi permettre à l'agent formation de procéder au désaccouplement. La machine part ensuite rapidement se garer au dépôt. L'agent de conduite va quant à lui prendre son repos hors résident jusqu'à demain où il relèvera en gare de Neussargues à 5h48 le train de nuit n°5945 provenant de Paris-Austerlitz et à destination de Béziers.


 Château d'eau Midi à Ruynes en Margeride PK 678.9.         Arrivée en gare de Neussargues PK 708.4.

Pendant ce temps là, l'UM de BB 67400 s'approche de l'autre extrémité de l'Aubrac afin de l'accoster. En tout une vingtaine de minutes sera nécessaire pour procéder à cette opération. La caténaire n'étant plus présente jusqu'à Clermont-Ferrand, le recours à la traction diesel reste toujours d'actualité. À 14h13, un modeste X 2100 toulousain en provenance d'Aurillac arrive sur le quai jouxtant notre train puis à 14h16, c'est l'Aubrac provenant de Paris qui entre en gare de Neussargues. La gare semble à cette heure en pleine effervescence alors que de nombreux voyageurs montent et descendent des trains pour se rendre au bâtiment voyageurs et inversement. À 14h21, l'Aubrac à destination de Paris Gare de Lyon desserre ses freins et repart avec sa voiture UIC et ses deux voitures Corail vers Arvant par les gorges de l'Alagnon. Il rejoindra rapidement les traces du Cévenol avant d'entrer en gare de Clermont-Ferrand, ultime étape avant son terminus, Paris. Ainsi prend fin ce voyage de Béziers à Neussargues à bord de l'Aubrac.


 La BB 9630 est coupée du train pour revenir à Béziers.       L'UM BB 67545 et 67581 attelée à l'Aubrac.